« The Body Societal » (The BoS)
L
es technologies génomiques promettent de façonner l'animal idéal du futur. Jusqu'à présent, les sciences sociales se sont surtout intéressées au domaine médical, avec le « Human Genome Project » et ses suites. Pourtant, c’est dans le domaine de la génomique des animaux d'élevage que les développements les plus rapides se sont produits. Dans ce domaine, toute une infrastructure de collecte, d’analyse et d’utilisation des données génétiques est d’ores et déjà utilisée de manière routinière. Cette infrastructure promet de résoudre des problèmes sociétaux urgents, tels que l'amélioration de la santé des animaux, la réduction de leur impact environnemental, ou encore l'accroissement de la biodiversité. En se concentrant sur ce cas de l’élevage, le projet « The BoS » (The Body Societal: Unfolding Genomics Infrastructure in Cattle Livestock Selection and Reproduction), porté par François Thoreau, vise à décrire et à analyser la manière dont les valeurs sociétales sont traduites dans le corps des bovins. Comment des valeurs telles que la santé, la biodiversité et l'environnement sont-elles intégrées dans la sélection et la reproduction des bovins ? Inversement, comment les corps sont-ils transformés par ces valeurs, et suivant quelles techniques et pratiques ?
Une recherche actuelle
Pour répondre à ces questions, le projet The BoS entend développer une anthropologie politique de l'infrastructure génomique, dans les pratiques scientifiques et techniques. Cette contribution aux études de sciences et techniques en société (STS) se veut résolument interdisciplinaire.
Le projet The BoS revêt une actualité toute particulière dans le contexte actuel de pandémie, qui nous rappelle que la santé humaine est liée aux animaux et notamment aux pratiques d’élevage intensif. C’est ainsi le cas, par exemple, du phénomène complexe « d’antibiorésistance », qui voit l’usage massif et routiniers d’antibiotiques dans l’élevage industriel avoir des répercussions sur la santé humaine et les modalités de suivi des maladies infectieuses.
Dans un premier temps, l’équipe de recherche portée par François Thoreau se concentrera sur les laboratoires, en réalisant trois études de terrain dans des centres d'excellence scientifiques qui contribuent à la génomique mondiale des animaux d'élevage, afin d’étudier comment les valeurs de « santé », « d'environnement » et de « biodiversité » sont transformées en connaissances. Dans un second temps, il s’agira de suivre ces connaissances dans les pratiques multiples auxquelles elles donnent lieu dans le vaste monde, au-delà du laboratoire, en menant des enquêtes qualitatives auprès de vétérinaires, de docteurs, de fermiers, de biologistes et de naturalistes, de compagnies qui vendent des semences animales ou encore d’associations philanthropiques actives dans la « santé globale » (comme par exemple la fondation Bill & Melinda Gates).
A propos des bourses ERC
Les ERC Grants constituent des instruments majeurs déployés par le Conseil Européen de la Recherche pour financer des projets de recherche en Europe. La procédure, extrêmement sélective, ne retient que les meilleurs chercheurs et des projets de recherche de très haut niveau, mêlant audace et compétence pour s’attaquer à des voies de recherche inédites susceptibles, en cas de succès, d’enrichir substantiellement les connaissances.
Il y a 5 types de subventions : Starting Grants, Consolidator Grants, Advanced Grants, Synergy et Proof of Concept.
Les subventions ERC Starting sont conçues pour aider les jeunes chercheurs (2-7 ans d'expérience depuis l'achèvement du doctorat) présentant un bilan scientifique très prometteur et une excellente proposition de recherche.
