Spiral: 30 ans aussi d’enseignement



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À côté de ses nombreuses activités de recherche, les chercheur.es et Professeur.es du Centre de recherche Spiral s’impliquent chaque année dans des initiatives expérimentales d’enseignements interdisciplinaires. Animer des débats sur la gestion à long terme des déchets radioactifs, de la planification d’urgence, de l’aménagement du territoire au niveau communal ou sur les futurs de la transition bas carbone et du travail avec les expert.es et parties prenantes concerné.es, les chercheur.es du Centre de recherche Spiral, formé.es à la facilitation et l’animation de groupes, mettent régulièrement en place des méthodes multiples pour faire participer. Ces ateliers, en retour, continuent d’alimenter leurs programmes de recherche respectifs.

 

Retours sur la troisième édition de la journée interdisciplinaire One Health du 22 avril 2025 regroupant 98 étudiant.es issues de quatre Facultés différentes.

 

La journée « One Health » en quelques chiffres

  • 3: Nombre de techniques et méthodes — Graphic Medecine, Arpentage et Scénarios du futur — expérimentées lors de cette journée.
  • 98 : Nombre d’étudiant.es participant à l’Édition 2025 issus des Sciences appliquées, Science, Technologie et Société, Sciences de la motricité, vétérinaire, santé publique, pharmacie et médecine.
  • 3 : Nombre de coordinateur.ices de l’évènement hyper conviviaux et patients qui nous ont accueillis à la bibliothèque du CHU. Merci à Marjorie Bardiau, Philippe et Sarah !
  • 4576: Nombre de pages arpentées et décortiquées de l’ouvrage « la Fabrique des pandémies » de Marie Monique Robin ces deux dernières années.
  • 15 : Nombre de es Spiraliens qui ont animé joyeusement les discussions étudiant.es ces deux dernières années. Merci à Aline, Kim, François, Merlin, Sarah, Valentine, Gaizka, Hélène, Nassima, Luce, Justine, Martin, Catherine, Pierre et Céline.
  • 23 : Nombre de récits de futurs désirables « One Health » produits avec le soutien précieux de Claire (Eclosio).

 

Discuter et imaginer les futurs « One Health » de manière interdisciplinaire

Initiée il y a trois ans de manière expérimentale avec une petite cohorte d’étudiant.es de la Faculté de médecine, de vétérinaire et de quelques étudiant.es inscrit.es au Master Science, Technologie, Société (STS), puis sous chapiteau lors du premier jour d’ouverture du Festival inspirant de « Rêve Général », la journée interdisciplinaire « One Health » Édition 2025 regroupe maintenant une petite centaine d’étudiant.es de quatre Facultés différentes et est officiellement inscrite dans le nouveau crédit facultaire Transition de la Faculté de médecine.

Le concept ? Durant une journée, ces étudiant.es discutent de nombreux enjeux associés à la santé unique (« One Health ») avant d’imaginer les futurs désirables qui favorisaient cette transition. Pour y arriver, une combinaison de trois méthodes.

Au préalable, ils.elles ont tous.tes lu tous lu le Manga « Contamination » de AO Acato. Cette technique de « graphic medecine » vise à sensibiliser les étudiant.es à la gestion d’une pandémie et de ses conséquences de manière émotionnelle, personnelle et imagée.

Le jour J des débats, deux méthodes supplémentaires sont mises en œuvre : la méthode d’arpentage animée par le Centre de recherches Spiral et la méthode de scénarios animée par Eclosio. La méthode d’arpentage consiste à déchirer l’ouvrage de « la Fabrique des pandémies » de Marie Monique Robin en autant de participant.es autour de la table pour une reprise collective de l’ouvrage durant deux heures de discussion. Qu’est-ce qui interpelle en tant que lecteur.ice ? Quel est le passage qu’il.elle désire partager pour contribuer à la discussion ? Pourquoi ? L’animateur.ice aide à faire sens et à distribuer la parole de manière équilibrée.

La méthode des récits du futur vise à créer étape par étape tout autant de futurs désirés que de groupes de participant.es. Le futur n’est ni linéaire ni écrit à l’avance, mais à imaginer et construire. Ici encore, les étudiant.es sont encadrés par une animatrice pour discuter, imaginer et mettre en mots le monde de 2035.

« La plus-value de ce type de journée est triple » commente Céline Parotte, « d’abord sur le plan individuel, les étudiant.es se plongent de manière ludique et atypique sur une thématique complexe aux enjeux multiples. Ils.elles se plongent dans un manga avant d’identifier des éléments surprenants sur la partie de livre déchirée. Ensuite, le travail interdisciplinaire est réalisé de manière progressive ; si les étudiant.es explorent d’abord une thématique sur le plan émotionnel et de manière individuelle, la rencontre et la discussion sont indispensables. Impossible de retracer les fils des histoires racontées par Marie-Monique Robin sans écouter les autres. ».

Oser la discussion, prendre le risque du partage, apprendre avec différents supports pour faire des propositions concrètes, voilà l’intérêt de la journée. Céline Parotte poursuit « la troisième plus-value résulte de la combinaison et l’articulation même des trois méthodes. Le Manga, bien qu’écrit avant la pandémie de Covid 19 permet de revenir sur les éléments critiques de la gestion de crise, l’ouvrage de Marie-Monique Robin d’identifier des contraintes et des pistes de solutions. Les étudiant.es ont été nourri.es de différentes manières pour imaginer et créer les futurs possibles en matière de transition. Ils.elles ont d’abord créé du commun toute la matinée, identifier les sensibilités des un.es et des autres avant de se lancer dans l’écriture de récits collectifs qui sont tout aussi nombreux qu’il existe de groupes de participant.es ! » .

 

Quelques messages clefs de l’arpentage de l’ouvrage de Marie-Monique Robin « la Fabrique des Pandémies »

Dès l’intitulé de son ouvrage, Marie-Monique Robin donne le ton : « préserver la biodiversité est un impératif de santé planétaire ». Mais comment se fabriquent les pandémies ? À quoi être attentif.ves ? Que dit l’autrice sur ce sujet ? Collectivement, selon les brides de l’ouvrage reconstitué au travers des discussions, les étudiant.es identifient les messages clefs et donnent leur avis selon leurs vécus et leurs sensibilités disciplinaires.

L’idée centrale touche au rôle de l’humain dans la symbiose de l’écosystème et réciproquement ; « tout est imbriqué (épidémie, déforestation, le temps long menant à de nouvelles épidémies), l’ensemble des éléments sont interconnectés et les réponses ne peuvent être que systémiques » (groupes de discussion 6, 7 et 5). Les exemples mentionnés dans l’ouvrage sont nombreux sur ce qui contribue à fabriquer les pandémies et certains exemples marquent particulièrement les étudiant.es comme « l’industrialisation de la pêche, l’élevage intensif qui crée des clones génétiques plus sensibles aux maladies ou encore l’utilisation très importante d’antibiotiques sur les animaux qui créent des pathogènes » (groupe de discussion 4).

Les manières d’évaluer sont également débattues : comment faire un bilan de santé ? Les expériences référencées dans l’ouvrage suggèrent plusieurs pistes très différentes : se référer aux archives des connaissances accumulées sur pathologies existantes ou se balader en forêt pour identifier l’état de l’écosystème dans lequel vit l’humain.

Les réponses suggérées sont nombreuses. Cela commence à penser la santé humaine avec et en adéquation avec la biodiversité en mobilisant conjointement des indicateurs multifactoriels (environnemental, politique, culturel et économique) (groupes de discussion 1 et 3). Changer notre manière de vivre, prévenir plutôt que de réagir en urgence, penser les conditions de l’anticipation, décentrer notre regard anthropocentré de la biodiversité, organiser des échanges systématiques entre spécialistes de santé animale, humaine (groupes de discussion 3, 4, 5 et 6) sont quelques pistes avancées lors des débats malgré les questions qui restent très nombreuses. « Est-ce réaliste d’organiser le changement à notre niveau ? Avons-nous un pouvoir de décision ? Comment et jusqu’où devons-nous anticiper ? Quelles formes de prévention adopter ? Quelles sont les expertises à mettre autour de la table ? Et les publics ? »

Pour les six élèves moniteur.ices du jour, Margaux, Guillaume, Alice, Emmanuelle, Pauline et Leila, plusieurs éléments importants. Sur la méthode, « il existe une différence de jargons entre les Fac (…), mais leurs idéologies sont assez similaires même si les étudiant.es n’ont pas toujours les mêmes priorités. Cela crée beaucoup de débats et prouve l’importance de l’interdisciplinarité ». Sur les idées défendues dans l’ouvrage de Marie-Monique Robin et les discussions qui en ont suivi : « Une grande place est accordée à l’économie et l’interconnexion entre les différentes dimensions pour penser la santé. La médiatisation du Covid a aussi mis en évidence les inégalités sociales face aux maladies infectieuses : l’accès aux soins, les connaissances ne sont pas les mêmes ». Impliquer les citoyen.nes dans la gestion de la santé, apprendre réellement des crises comme celle du Covid 19, assurer la promotion de la santé sont trois pistes suggérées par ces étudiant.es.

 

Imaginer et mettre en récit le monde de demain

Discours politique, lettre d’un père à son fils, JT, conte de fée, success story, les étudiant.es ont mis en récit le monde de 2035, le choix du récit est celui du groupe du jour.

Mise en place de nombreuses activités pour les jeunes qui favorisent l’échange et l’activité physique, produits locaux, rénover sans exclure les minorités, jardins partagés, suppression des numéros INAMI, lutte active contre les déserts médicaux, une IA discrète aux services des besoins réels, création d’un Mentascore qui évalue quotidiennement le bien-être de la population,… les idées fusent et sont reprises sur papier avant d’être présentées aux autres.

« Évidemment, ce n’est pas un exercice de planification qui intègre des contraintes particulières », commente Céline Parotte. « L’objectif est d’imaginer collectivement et de mettre en récit un futur particulier sachant qu’il existe autant de possibilités que d’individus. Au-delà de la rencontre, les étudiant.es poursuivent les échanges, tentent de convaincre leurs pairs d’un futur désirable plutôt que d’autres. Ils.elles poursuivent les échanges, mais ici, avec un défi supplémentaire : plus question de critiquer un écrit existant, mais de suggérer. » Et de conclure : « Ce qui me fascine toujours, c’est leur incroyable optimisme qui donne envie de soulever des montagnes ». De quoi fournir encore l’envie de poursuivre les recherches et d’animer de nouvelles journées interdisciplinaires.

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