Changement climatique & des déchets toxiques: Yes, I Care

Retour sur le workshop nucléaire européen EURAD2-ULiege du 26-29 janvier 2026



Comment intégrer et anticiper les conséquences du changement climatique sur la gestion des déchets toxiques ? Qu’en pensent les représentants de la société civile et les experts nucléaires ?
Durant quatre jours, le Centre de recherches Spiral a accueilli une trentaine d’experts européens nucléaires et de représentant.es de la société civile (Nuclear Transparency Watch) dans le cadre du Joint Programme. Ils.elles ont partagé leurs réflexions les plus avancées sur le sujet, ont posé des questions challengeantes, proposé des cadrages différents et testé un jeu sérieux pour considérer l’interrelation entre ces différents enjeux.
 
Le projet European Partnership on Radioactive Waste Management (EURAD) part d’une prémisse ambitieuse : pour créer une science robuste et une solution de gestion de long terme sûr (safe and secure), les projets techniques de recherche et de développement doivent intégrer les dimensions éthiques, sociales et économiques. La gestion des déchets radioactifs, comme on aime le répéter au Spiral, n’est pas uniquement technique, mais sociotechnique. Cette prémisse est la pierre angulaire du projet EURAD2 : les réflexions des publics sont à intégrer aux réflexions scientifiques en cours. 
 
L’objectif ? Partager les informations les plus à jour, apprendre des expériences nationales en cours, et expérimenter encore et encore des manières diverses d’interagir pour « développer une compréhension mutuelle et une collaboration transdisciplinaire active » entre des parties prenantes qui méritaient de se mettre plus souvent autour d’une table.
 
Visite du Laboratoire Hadès, longues Q/A sessions, serious game, discussions en petits groupes, world café et de nombreuses mises en commun. Format en ligne, discussions animées en face à face ; les participant.es testent autant qu’ils échangent sur les différentes manières d’interagir, travaillent sur le fond (qu’est-ce qu’il faudrait prendre en considération en priorité ? Qu’est-ce qui nous préoccupe en priorité ? Pourquoi ?).
 
« EURAD n’est pas le lieu pour créer un nouveau modèle sur le changement climatique » précise Koen Beerten (SCK-CEN). Non, les scénarios sur le changement climatique sont là pour tester à de nouveaux frais la robustesse des solutions de gestion à long terme des déchets radioactifs. Comment réagir et anticiper des évènements extrêmes (par exemple les pluies intenses, les sécheresses) de plus en plus intenses et réguliers ? En quoi ces évènements et ces nouvelles conditions viennent remettre en cause le programme initial pour gérer les déchets toxiques ? Que modifier ? Quoi prendre en compte ? 
 
« Pourquoi participez-vous à EURAD2 ? » demandaient les membres de Nuclear Transparency Watch aux participant.es à la fin du premier jour du workshop. Les réponses fusent et sont propres à chacun : maintenir ou renforcer un réseau, être à jour sur l’état d’avancement des recherches, les échanges riches entre des personnes différentes, envie de contribuer modestement aux réflexions. Mais toutes et tous ont un commun malgré les perspectives parfois très contrastées : ils, elles se soucient du sort de ces déchets toxiques. Ils.elles reconnaissent l’existence d’un « commun négatif » (Monnin 2021) dont il faut prendre soin (Bergmans et al. 2023). Ces formes de soins sont aussi diversifiées que les acteur.ices en présence : prendre soin des militant.es et de leurs engagements sur le long terme, considérer l’apport des sciences humaines et sociales de manière plus systématique dans l’ensemble des thématiques techniques (pas seulement sur le plan symbolique, mais aussi avec un soutien financier clair), envisager le scénario le plus extrême pour évaluer la robustesse d’une facilité future, éviter les acronymes déshumanisants (Ingold 2021), rappeler des principes de sûreté, l’impossibilité de tout anticiper et traduire, reformuler, expliquer avec patience et humour ceux avec lesquels composer (malgré nous).
 
Construire des interactions durables entre personnes — toujours trop peu nombreuses — who care du sort de ces déchets toxiques prend autant de temps et nécessite autant de soin que la construction même des infrastructures futures qui protégeront l’humanité et l’environnement pendant supposément des milliers d’années. Les deux sont aussi fragiles qu’elles sont robustes. Les deux créent des frictions, des irréconciliables, des chemins empruntés non partagés dont il est précieux de cultiver les traces. Demain, les participant.es d’EURAD2 seront de ces ancêtres qui auront modestement essayé de créer « une responsabilité de long-term » sans coloniser (Roman Krznaric). Parce que, yes, they care.
 
 
Autrice : Céline Parotte
 
Références :
 
Bergmans, Anne, Catherine Fallon, et Céline Parotte. Do You Care About High-Level Radioactive Waste and Spent Nuclear Fuel? Opportunities for Co-Constructing an Appropriate Governance-Ecosystem in Belgium. Springer Fachmedien Wiesbaden, 2023. https://doi.org/10.1007/978-3-658-40496-3_4.
 
Krznaric, Roman. The good ancestor: How to think long term in a short-term world. Random House, 2020.
 
Monnin, Alexandre. « Les communs négatifs ». Etudes Septembre, no 9 (2021): 59‑68.
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